La question du jour : le graffiti, c’est de droite ou de gauche ? Depuis 2014, Parse est à la tête de Red Bricks. Basée à Lens, l’association réalise des fresques pour des établissements sociaux, scolaires et des particuliers avec lesquels il partage sa passion du graffiti.

Tranchant avec les stéréotypes habituels du graffeur, Parse vit aussi le graffiti comme un moyen de tisser des liens et d’ouvrir un dialogue avec la population locale du Nord de la France. Une vision militante et critique qu’il diffuse parfois sous forme de billets d’humeur… et il n’a pas sa langue dans la poche ! Alors, le Graffiti est-il vraiment « un truc de bobo gauchiste » ?

Chez Red Bricks, on aime bien s’automutiler pour montrer qu’il est possible d’intellectualiser cette pratique du graffiti, sortie directement du complot socialo-monsantoreptilien que seuls les esprits les plus pointus de l’internet qu’on connait depuis Claude Chabrol jusqu’au turfu parviennent à percevoir.

Pour prendre la température un peu, j’ai lu le bas de page des articles, dans le rectum de la presse nationale, lorsqu’elle évoque du graffiti. C’est à dire la section commentaires. Rire ou pleurer, applaudir ou huer, à toi de voir. Pour bien commencer, t’as besoin d’avoir le kamoulox starting pack du champ lexical des experts en tout que sont les commentateurs sur les journaux en ligne :

Bobo, gaucho, Taubira, Hollande, libérable, pauvre France, gauchisante, niais, Bisounours, nos SDF, viol, nos impôts, laxiste, 2015, bonne vieille, à l’époque, on devrait, chez nous, contribuable.

Tu peux claquer ça dans l’ordre et la syntaxe de ton style de ragerie. Les résultats permettent d’obtenir des commentaires percutants sur ce monde malade et cette société en déclin, parce que y’en a marre TAVU. Ça a l’air de rentrer comme un panel sur un Rio un soir de brouillard en 2001 et ce, symptomatiquement quel que soit le foutu sujet. T’as des sujets sur le retour en force de la Marjolaine dans les sauces, le type te commente que ta cuisine islamo-gauchiste instaurée par Jack Lang témoigne du déclin de sa France, pas la tienne, toi t’as jamais eu de France t’es un mec de la génération Y. Au journal, derrière son ordi pourri d’étudiant, t’imagines le stagiaire en UFR de lettres filtrant ce genre de flèches toute la journée. Le type de tâche ingrate à te rendre l’électroencéphalogramme d’un modo aussi plat qu’une zonante Lille – Charleroi en Honda Prelude.

Un tour d’horizon – « Welcome to the internet, please follow me »

On commence izi sur un site à lectorat décomplexé avec cet article sur 5 Pointz et sa démolition. On parle de graffiti et de notion de droit.

Le sujet est plutôt traité de façon sommaire, pédagogique, mais on va pas faire les difficiles, pour un article traitant de graffiti on est largement dans le tolérable par rapport à ce qu’on peut voir en général. En bas, dans le fondement, notez le raffinement de certains. Ils sont à domicile on ne peut pas leur reprocher de déployer les banderoles.

D’abord les internautes tranquilles, ceux qui rappent conscients :

Puis le déter’ suprême crew. Ceux qui pensent que ça va « quand y’en a qu’un » , les nostalgiques d’un truc. Ceux pour qui il est nécessaire de souvent rétablir l’universalisme de leur pensée à leur lectorat et qui perpétuent le style Jean Roucas de la blague, depuis qu’ils ont grillé qu’on pouvait faire des mixs de mots vulgaires mais tellement irrésistibles et désopilants avec le préfixe journal .

Miskine le dernier.

Là, je m’adresse surtout au graffeur qui lira. Je t’entends penser. « Ouais mec, mais tu vas sur un journal trop mainstream et trop orienté. » Je suis d’accord, par équité, de tenter un journal avec une autre ligne éditoriale. Sans pour autant aller sur un de tes sites si chelou que tu partage h24 sur Facebook avec « Cé bientôt la fain du monde les amis » en guise de statut annexe. Sans vouloir te vexer, vous là, les graffeurs de mon Facebook, vous partagez tout le temps du brun de complotistes défoncés au Xanax trouvé sur des sites poncés. T’sais les sites dont les 3/4 des external links pointant là dessus, ça provient des forums Hoaxbusters. Des sites du type « on sait ce qu’on veut qu’on sache » , site fondé par ton père sur Publisher dans un univers parallèle, dans lequel le mot responsive est une pure invention de l’esprit, où le CSS doit être le nom d’un club de foot et les backgrounds harmonieux un truc réservé aux fragiles.

On part sur un article de fond d’un journal d’un autre bord. Un article portant sur les liens entre mouvements populaires et les graffitis.

On va cliquer sur les commentaires direct. Que va dire la communauté gauchique ?

A ce propos, t’as jamais remarqué la sale propension que l’on a à lire juste les titres des articles et sauter tout de go sur les commentaires ? Ce besoin de voir ce qu’en pensent les gens qui prime sur le contenu de l’article. J’ai réfléchi à ça et je ne vois qu’une explication possible à ce comportement : on est à perte. On est foutus. « Génération de bâtards » , comme le tag route de Lille à Loison-sous-Lens pour les homies.

Je me dis que mon Roger du précédent post, celui qui kiffe le graffiti quand c’est bien fait, j’aurais dû lui mettre Régis comme blaze.

Comment on nous voit ?

Dans les grandes lignes tu as compris. On nous imagine de deux façons différentes selon l’article de presse dans lequel on est présenté.

– Sur un fait lié à du graffiti légal : Régis, le mec là au dessus, il se dit quoi ?

Dans sa tête, on vit au crochet de nos parents tout en bénéficiant du RSA, ce qui nous permet de trainer dans des galeries bobo et manger de la coke en toast dans les vernissages. Vernissages dans lesquels on pratique le véganisme en se tapant nos sœurs parce que la mouvance LGBT est déjà devenue trop mainstream pour nous et qu’on cherche à se différencier de la masse depuis que Vice a rendu nos dégaines mèches bleues et pics subcutanés médiatisables, tout ça financé par la CSG sur sa fiche de paie. Faut que tu paies Régis, désolé. De toute façon, il dit que tout ce qui n’est pas salariable, c’est sorcellerie.

– Sur un fait lié à du vandalisme : le pire des cas

Même chose qu’au dessus. Sauf que Régis se dit qu’on est de la racaille pas éduquée qui enferme les femmes dans la cuisine et qui vend du shit à la sortie des maternelles pour financer notre groupuscule de nuisance à la France, épaulé en scred par Taubira, membre à vie de la mif. Des sortes de badass en KTM, radicalisés par des islamistes bretons et prêts à faire sauter la gova de tous les Tom Hardy qui sont pas d’accord. Des mecs trop hardcore qui cantinent des granola et des ultra flat screens au habs grâce à la CSG de Régis. En même temps faut bien s’occuper en attendant d’avoir notre conditionnelle dans deux mois dans le cadre de notre peine de vingt-sept ans incompressible pour importation et vente d’Ebola salafiste.

Sauf que Régis pour nous, c’est lui le bobo, il ne comprend pas qu’on fait partie d’un truc mille fois plus à droite que lui. Je vais t’expliquer pourquoi, mais t’es pas prêt, t’as pas assez de Ventoline et trop d’égo pour lire ce qui suit. On va parler des valeurs dans le graffiti (et pas du graffiti), vu de l’intérieur.

Graffiti et libéralisation

Avant de commencer, voici quelques concessions infimes me concernant. J’aime bien discuter avec les gens de politique, surtout quand ils sont de l’autre côté et qu’ils ont de quoi me contredire. Je me définis comme une personne ayant des valeurs de gauche, certainement de culture d’abord, car je suis Lensois, descendant des mineurs de fond, fasciné par le bassin minier, comme un peu tout le monde ici et qui est sensible aux questions des droits sociaux et de la dignité humaine.

Et puis aussi par choix et affinités, de par mes lectures, mes rencontres, mes voyages et même ma spiritualité. Certaines valeurs de droite comme l’autodétermination, la méritocratie me plaisent aussi, dans la limite on l’on ne les utilise pas pour pointer des gens du doigt ou les humilier. Même si je pense que ces deux dernières sont des valeurs apolitiques, mais récupérées par la droite et étrangement écartées par la gauche afin de promouvoir l’égalité des chances. C’est important de le préciser. Les lecteurs doivent comprendre que ma volonté d’être objectif, volonté réelle et sincère sera forcément parasitée par mon mode de pensée et une subjectivité induite. D’autant plus important que je m’apprête à peut-être me mettre la communauté graffiti à dos. Mais vu ce qu’elle m’apporte depuis seize ans, en terme de ratio négatif/positif, ce n’est pas forcément un mal.

Je demande souvent aux gens : Qu’est ce qui définirait les valeurs de la droite ou de la gauche en une phrase ? Personnellement pour la droite je dirais : « la fin justifie les moyens » . Et toi ?

Mais qui est le writer ? Quel est son but ?

Le writer, le graffeur, comme tu préfères, c’est un gérant de boite de com’ au black. Plus libéral ça n’existe pas. Je pense même que beaucoup de boîtes devraient s’inspirer des graffeurs, d’ailleurs si certaines font appel à des mecs comme Nasty, c’est qu’elles ont bien compris.

  • Publicité sauvage : Partout ou aux meilleurs endroits. On impose notre blaze comme un publicitaire, et ce sans la contrainte de l’urbanisme. A en rendre jalouses des sociétés du CAC40 qui paient des fortunes pour les espaces publicitaires de ses filiales.
  • Esprit de compétition : Dès le premier tag en rue, du haut de nos treize ans on sait que l’on ne veut qu’une chose. Être le meilleur, le plus en vogue. Comme Aznavour et Paname. Pour cela tout est possible, quitte à créer des sociétés anonymes de sévices : les crews. Le but d’un crew, avant tout, c’est d’être performant à plusieurs, c’est pas d’être des BFF. En général, un des membres balance tous les autres au comico après deux baffes ou une clope dans une période de 3 à 5 ans.
  • Le graffeur doit aussi gérer sa propre image pour garder à la fois la street-crédibilité et pourquoi pas sa notoriété s’il en est. Il est à la fois son C.E.O, directeur de la communication et consultant pour lui même.

En définitive, on pourrait dire que le graffiti est très formateur sur des points qui pourraient s’apparenter à des métiers que l’on exerce dans la communication. Dans ma vie, il a apporté beaucoup, notamment sur la façon de gérer ma première entreprise. En tout cas, ce n’est pas dans sa raison d’être que l’on pourrait le qualifier de truc de gauche. Voyons ailleurs.

Graffiti et capitalisme

Pour bien graffer, il faut se fournir, faut assurer et il faut donc trouver rapidement des solutions. Sinon tu peins une fois par mois et tu ne sers plus à rien. Auquel cas, t’as plus qu’à te créer un compte sur 90BPM et troller les Captain Obvious en surnombre, parce qu’au fond, t’as la rage. Tu ne te l’avoueras jamais, t’es deg à mort que Graff Bombz n’ait pas publié la croûte que tu leur a transmise en lettre RAR.

Autrement si t’es chaud :

  • Tu voles tes sprays (la fin justifie les moyens) en suivant le conseil (obéir aux autres c’est important dans le graff pour se faire accepter) du fils d’un riche banquier et dont on a toujours du mal à comprendre comment on peut être aussi radin avec autant de thunes autour, ce qui n’enlève rien à son talent et à la richesse transmise, je vous vois arriver en meute… à voir quand même d’égal à (in)égal un p’tit de banlieue avec son commis d’office trouvé sur LiveJasmin et son mentor superstar accompagné d’une pléiade de pénalistes experts en vice de procédure face à un juge pour le même délit de vol de sprays. J’attends tes pronostics.
  • Tu dépouilles tes sprays (la loi du plus fort, tiens, tiens, tiens…). Pendant que deux de tes potes balancent un mec de l’autre côté du terrain et que ton pote filmant le tout, scande d’une voix tremblante « par dessus la troisième cooooooorde » , tu ramasses le maigre butin de sprays en te disant que c’est pas très Coubertin tout ça. Mais bon t’as pas de thunes et t’as envie de peindre. Tu choures des trucs et tu les bicraves pour te payer des sprays. Et pleins d’autres variantes de ce type car t’es un mec pleins de vices. Bref tu mets pas mal monde dans la merde pour ton activité non salarié de graffeur. Mais ton objectif prime sur tout (la fin justifie les moyens…) Pas si bobo que ça, hein ?
  • Tu achètes tes sprays dans un graffiti shop qui vend des dérivés d’aérosol de multinationales de peintures automobiles et alimente un marché de niche très juteux pour deux/trois personnes en Europe. Deux trois mecs qui s’en contrefichent du graff, du hip hop et du R’n’B et qui trouvent que les graffeurs sont de très bons clients et facilement éducables en terme de consommation.
  • Tu te sapes comme jamais avec toute la misère du monde sur ta peau, mais swag oblige. T’es pas street-credible en Pataugas. Et ouais, la classe on l’a ou on l’a pas Abidbol. T’es capitalisé de la tête au pied, mais ça c’est tout le monde. J’ai rien contre ça, je fais la même. Donc le graffeur n’est pas plus altermondialiste qu’un autre.

Graffiti et spéculation

Toi t’es un writer, un pur un dur. Et pour toi, les bobos, ils kiffent le street art. Et ça t’énerve parce que pendant qu’un commerçant remercie le Poisson d’avoir tapé sa façade, toi tu te fais défoncer par cinq Pakis qui dormaient dans le camtar que t’as commencé à esquisser, pour qu’ensuite la BAC vienne te frapper très fort et à de multiples reprises ton mollet qui dépasse de la 205 sous laquelle t’es planqué rue Solférino, alors que tu étais en train de glousser comme un hyène d’être un génie de l’esquive.

Le graffiti quoi qu’il en soit est mercantile, car l’art l’a toujours été. Inutile de s’offusquer car c’est un fait. Aujourd’hui il est même incontournable, alors on peut se cacher derrière le street art ou le graffiti de puristes mais ça ne change rien, il est bel et bien réévalué à chaque nouveau graff. Il pèse en bourse en quelque sorte. T’en veux au poisson car tes graffs sont moins côtés en bourse que les siens et donc buffés. L’injustice de la situation te sidère et tu as raison. Mais qui est en tort ? Le poisson ou le système ?

Remplace les poissons et tes prods par des actions et la street par Wall Street et tu y verras plus clair.

Je ne sais pas pour toi, mais tout ce qu’on raconte pour le moment, ça ressemble pas à des choses qu’on entend dans des argumentaires de gauchos.

Graffiti et propriété

Dans Du contrat social, Rousseau nous aurait qualifiés de FDP. Là dessus on est même pas de droite, on est des confédérés.

Prenons ce son :

La rue appartient à celui qui la maquille le plus

Tout est dit. Et fais pas semblant. Combien de fois j’ai entendu : c’est mon secteur, mon podé, ma ville, mon mur. Traduire par « vous êtes sur ma propriété, je connais mes droits » . Souvent ce sont les mêmes qui te parlent de hip hop et de ses valeurs. La blague si hardcore que même Tex, il trouve que t’abuses.

Même l’autre qui n’a rien à voir elle sait.

La rue mon terrain de jeux, je la décore comme je veux

Elle dit la même ‘esh!

D’ailleurs on a été nombreux à se foutre de sa race, mais dans le fond elle dit tout pareil que Profecy et la Mafia k1k1, téma kho :

Et moi je tague, tague, tague des prénoms des erreurs

– Joyy

 

Pour les cas sociaux qui font des fautes sur les murs

– Mafia K’1 Fry

C’est la même on t’a dit, qu’est-ce tu vas faire ? Juste, elle a pas de TMAX et elle fait pas des roues à la sortie du lycée. Sur ce moment chelou voire ésotérique, je te laisse réfléchir sur le droit de propriété et son positionnement sur l’échiquier politique.

Graffiti et protectionnisme

Ouais, parce que le graffeur il est urbaniste, limite c’est l’ABF le mec t’sais. Le gars t’as pas le droit de peindre à moins de cinq cent mètres de sa pièce, sinon il te démoule un cake. Il protège sa communication. Comme le Facebook de Findus après que t’aies retrouvé un chibre de valche dans ta moussaka.

Quid des anciens graffitis ? En tant que passionné du graff, ça me déchire de savoir qu’ils ont été effacés ou repassés par d’autres. Oui,  j’ai quand même un cœur. Mais bon, on est passionné, on comprend ça. Je te promets que quelqu’un qui n’y connait rien au graffiti va trouver ça complètement débile qu’on puisse s’indigner de la disparition d’un Keyz. On essaie de protéger le réel, ce qui est ancré en nous, ce qui fait partie de notre culture. Tout ce qui est extérieur à notre monde, est potentiellement agressif, on se replie sur soi, on compte sur la communauté graffiti qui n’existe que d’apparence et de connivence pour préserver des choses qui ne concernent que nous. On regrette alors un temps utopique, que l’on a certainement pas connu en tant que tel et qui semble disparaitre bouffé par de nouvelles pratiques et façons de peindre. C’est un peu notre théorie du grand remplacement du graff. Un peu comme Régis des internet qui regrette que la salle de la guinguette soit devenue une boucherie Halal.

Graffiti et purisme

Lui, c’est mon préféré, comme le Hun dans Apéricube. Le puriste. Tu vois ce genre de mec qui pense que les Le Pen c’est qu’une bande d’intellos gauchos et que Maigret ça va, c’est acceptable même s’il est trop light. Et bien c’est le même mais transposé en graffeur. Travail, Famille, Patrie pour un graffiti fort et pur.

  • Respect des anciens graffeurs : tu dois respecter ceux dont la daronne a fécondé avant la tienne. Ils détiennent la vérité. Ne jamais remettre en cause et surtout surtout admirer la puissance quand ils te sortent des trouvailles intellectuelles des années 90 du type « Jamais dans la tendance toujours dans la bonne direction » . Surtout obéir jusqu’à temps qu’ils t’autorisent à peindre, quand t’es enfin dans leurs petits papiers.
  • Réfractaire à tout changement : la nouveauté c’est proscrit. Que j’en vois pas un tenter un truc. Voilà comment t’arrives encore à voir en 2018 des fresques bombing art alors que les Australiens ou les Mexicains sont en train de tuer le game dans l’indifférence totale.
  • Le règlement : quand tu commences le graff, on te fera signer le règlement intérieur qui stipule que t’as le droit de rien faire, et qu’il faut respecter les soixante commandements du graff sinon t’es pas un vrai. Si ton blaze est déjà pris t’es grillé d’office. Même si depuis que t’es petit, tout le monde t’appelle Momo, même si ça te définit plus qu’autre chose et bien Momo c’est pris, alors dégage. T’as qu’à prendre Merp, ça veut rien dire comme les trois quarts des blazes, mais les lettres s’enchainent bien et surtout t’as l’exclu du blaze. Trop bien nan ? Et par la même occasion, demande à ta mère de changer ton prénom car il est déjà pris aussi. D’ailleurs être conformiste (aux règles du graff) c’est pas tout le contraire d’être bien pensant ?
  • Se revendiquer puriste. Parfois, t’entends certains discours, juste remplace le mot « vrai graffeur authentique » par « race blanche » tu comprendras de quoi je parle et dans quel système sectaire un graffeur peut évoluer.

Tu l’as bien compris, le graffiti c’est tellement un truc de droite que Régis, il passe directement pour un festivalier en sarouel du stand UNICEF. Maintenant, le graffiti c’est aussi ce qu’on en fait. Prends quelque chose de culturellement de droite et apporte le côté culturel ancré en toi dont il a tant besoin. Peu importe ce qu’il est. Nous, Red Bricks, mais aussi individuellement, on le partage avec passion depuis des années. Certains graffeurs nous encouragent dans ce sens, d’autres nous fustigent mais au final, l’important c’est d’être partie prenante de cette culture, qui, comme on ne fait que le répéter inlassablement, est une culture riche, n’en déplaise aux multiples détracteurs. Comme toute activité, elle est pourrie de l’intérieur par des gens qui ne vivent plus leur passion qu’à travers les regrets et le mépris des autres.

Nous transmettons uniquement le côté positif dans nos actions, notamment avec les jeunes. La vérité c’est que le graffiti s’effondre sur lui même depuis dix ans. Nous avons de moins en moins de personnes qui s’y mettent avec intérêt, comme si on avait réussi à dégouter tout le monde à force de ne rouler que pour notre pomme et de cultiver l’entre-soi.

On continue, on dégote des murs, on organise des jams pour les graffeurs, mais pas que. On expérimente, on essaie des nouveaux styles. On parle avec tout le monde, surtout ceux qui sont pas d’accord, tous bords politiques, parce qu’en réalité, le temps passe très vite et on s’en fout de qui a raison. On avance, avec nos partenaires, notamment ceux qui bossent au plus près des populations.

On voudrait juste que les gens arrêtent de croire que le graffeur c’est un mec paumé, pas intégré (rentrez-vous bien dans le crane une bonne fois pour toute que la majorité des graffeurs d’aujourd’hui viennent de familles aisées et que c’est plus du tout un truc de prolo) et incapable de structurer sa pensée. Arrêtez une bonne fois pour toute de croire qu’un graffeur tu lui donnes un mur ou de la visibilité, il va être content et tu vas pouvoir l’utiliser dans ton projet politique (des murs, on en a tellement). Arrêtez de croire qu’on est une catégorie de personne, ou qu’on est une ligue de gens tous ensemble, on est comme vous, on peut pas se blairer, on doit faire semblant.

Et de mon côté, malgré tout ça, le graffiti que ça soit gaucho ou droito, je l’aime sans condition, c’est ce que je fais, c’est ma passion. C’est la jonction entre mes différentes vies, c’est mon meilleur ami et collègue de graffiti disparu auquel je pense tous les jours, c’est ma façon de dire à la vie que je l’aime bien quand même. Ma façon de regarder la ville, la route. Un des seules façons que j’ai d’exister, d’avoir ma place, aussi futile soit elle…