Je profite de l’environnement favorable de L’Île-de-France pour peindre presque exclusivement des terrains et des flops. Les terrains pour réfléchir, les flops pour se vider le cerveau.

Beaucoup de choses ont déjà été essayées et voir certains styles tourner en boucle m’ennuie au plus haut point, mais me dire qu’il reste des images à inventer empêche ma motivation de s’éteindre pour le moment.

#1 Première pièce en chrome

Mon premier chrome, vers Nantes, en 1998. Encore maintenant je le trouve pas trop affreux. La photo a été prise plus de dix ans après et il était encore là. Mais la ligne de chemin de fer où il était situé a été réhabilitée depuis et tout ça a disparu. D’ailleurs ça me fait penser que cette année, c’est les 20 ans du HF crew, mon premier crew.

#2 Home sweet home

En parcourant mes archives, je me suis rendu compte que je finissais souvent mes pellicules en prenant des photos de chez moi. J’ai pas mal déménagé et j’oublie avoir habité dans certains appartements. Ces photos me permettent de me souvenir de quoi ma vie était faite à ce moment là. En 2007, c’était l’époque des films Polaroid qu’on trouvait à la FNAC et celle des rouleaux de stickers de supermarché.

#3 Lettrage géométrique à La Réunion

J’ai peint ce mur à La Réunion avec Kid Kreol et Boogie. Je revenais tout juste d’Inde et j’avais été inspiré par l’aspect très géométrique et naïf des miniatures indiennes. Je me suis souvent dit que si ma vie foirait en métropole, j’en entamerais une nouvelle dans les DOM-TOM. Bon, pour le moment tout roule, donc je n’y vais qu’en vacances.

#4 Immersion chez les Monikers

Jiem, mon mentor, a habité un temps à Montréal, ce qui lui a permis de découvrir la culture nord américaine des monikers. Il en a d’ailleurs tiré un super bouquin et un documentaire. Je l’ai rejoint un mois au cours duquel je l’ai suivi à New York, Philadelphie, Baltimore où il était en contact avec plein de passionnés de frets. Ça a été un voyage très marquant, une vraie immersion dans cette culture interlope américaine qui était comme un prolongement logique de notre culture graffiti fret française, avec cent ans d’histoire en plus. En revenant de là bas, je mettais des bandanas et j’écoutais de la country. Heureusement, ça n’a pas duré…

#5 Compo de lettrages sur train réformé

 

C’est la dernière fois que j’ai peint un train de voyageurs en France (et c’était il y a déjà bien longtemps). J’ai toujours trouvé que les whole cars  gâchaient un peu la beauté des trains et que faire des panels aux couleurs communes avait un côté kitsch. Ici, j’ai en quelque sorte essayé de faire ce qui constitue pour moi la composition idéale. Je n’ai pas complètement atteint le but mais je suis quand même satisfait du résultat. J’aime voir la couleur du train en haut et sur les côtés, et je trouve que d’amasser les pièces les unes sur les autres rend le tout plus vibrant que quand tout est soigneusement séparé.

#6 Tentative de portrait réaliste

Souvenir d’une après-midi à thème au terrain d’aventures de Montreuil où tout le monde devait essayer du mieux possible de faire un portrait réaliste. J’avais choisi de reproduire la photo d’un pote à moi (Bernard, à gauche) et un comparse a dessiné un certain Jean-Baptiste (à droite). Et voilà bien la preuve (s’il en était besoin) que cette voie du graffiti n’est pas faite pour moi.

#7 Chevalier Obisk Premier

Ce terrain se trouvait en banlieue lointaine, et j’y avais été invité par Snez et 3615 en 2011. Je suis retombé sur la photo récemment et j’ai été surpris d’y voir un lien avec des pièces très récentes où j’utilise beaucoup d’acrylique et d’effets de rouleaux alors que j’avais complètement oublié cette pièce. Ce que je veux dire c’est que, comme beaucoup, je fonctionne par cycles, ou plutôt par aller-retours, et c’est amusant de voir qu’une idée d’un jour peut ressurgir beaucoup plus tard puis être écartée etc. D’où l’avantage d’essayer un maximum de choses. Même si ça foire la première fois, rien ne dit que l’idée est mauvaise, c’est peut être juste pas encore le moment.

#8 Ambiance colombienne

J’ai passé un mois à Bogotá, durant lequel j’ai peint pas mal dans la rue. A part le noir et le blanc qui sont à la spray, tout le reste est peint à l’acrylique que j’achetais dans des petites boutiques. Le type de l’hôtel où je dormais m’a gentiment mis à la porte au bout d’un moment parce qu’il en avait marre de me voir ramener tous mes pots et mes rouleaux dans la chambre.

Pour l’anecdote, le lendemain après avoir peint cette pièce, j’étais revenu pour la regarder avec Sluto, un américain qui avait peint juste à côté. Pendant qu’il se moquait de la main que j’avais dessinée, un passant a commencé à prendre les pièces en photo. Le pauvre avait à peine fini qu’un type sorti de nulle part lui a sauté dessus avec un couteau à la main avant de se carapater avec son magot… C’est un peu ce que j’ai retenu de l’Amérique du Sud en terme d’ambiance. Tout est très cool la plupart du temps, mais de temps à autre, tu vois une scène surnaturelle qui dure deux secondes, puis tout redevient paisible avant que tu aies le temps de comprendre ce qui s’est passé.

#9 Explorateur de l’extrême

J’aime bien l’ambiance de cette photo. Un type de la petite ville où elle a été prise m’avait demandé de lui dessiner quelque chose sur sa maison et je lui ai fait ce minuscule arbre au pinceau. Je me plais à penser que mes petits-enfants se diront que leur grand-père était un explorateur de l’extrême. Au moins eux, je pourrai les entourlouper.

#10 Moderne Jazz en banlieue parisienne

J’ai intégré l’équipe Moderne Jazz il y a deux ou trois ans. C’est un collectif dont les goûts et les styles sont relativement hétérogènes, mais qui s’accorde assez bien sur un certain nombre de valeurs, dont une assez grande ouverture d’esprit graphique. Cette incorporation a renforcé mon envie de nouveauté dans le graffiti, et je me mets d’ailleurs à raisonner plus en terme de peinture qu’en terme de graffiti (pour reprendre un thème cher à mes confrères des Éditions Peinture). Sur cette photo par exemple, le fait de ne pas contourner le lettrage élargit le champ des possibles.

Le chiffre 93 est devenu un élément récurrent dans mes peintures. Je n’ai pas grandi en Seine-Saint-Denis, mais j’y suis né. J’y habite désormais, je ne suis jamais resté aussi longtemps dans un endroit. Je sais que revendiquer une appartenance au 93 peut passer pour une supercherie aux yeux de certains, d’autant que les images qu’on lui associe généralement sont assez éloignées de ce que je suis. Pour autant, je ressens le besoin de revendiquer cette localité. Je passe beaucoup de temps à me balader à vélo dans le 93, à chercher des murs, des pots de peinture ou des lieux à visiter. Je suis attentif à l’évolution immobilière des espaces qui s’y trouvent, notamment parce que le graffiti intervient à des moments précis dans les projets immobiliers,un peu comme les squats d’ailleurs. J’essaie de comprendre ce qui fait la spécificité de cette banlieue, dont la construction en terme de bâti et de culture est assez chaotique, et cela me nourrit. J’aimerais que mes peintures synthétisent tout ça, et je sais bien que je suis loin du compte.

#11 Passion frets

Il y a quelques années, j’ai eu droit à un portrait sur Arte Creative dans lequel je détaillais ma passion pour les frets. J’y déclarais, sûr de moi, que je me voyais peindre des frets jusqu’à ce que je sois grand-père. Je l’ai dit sincèrement, et par le passé, cette conviction a guidé des choix importants dans ma vie. L’ironie veut que j’ai arrêté peu de temps après cette interview, pour tout un tas de raisons, la principale étant que je n’en n’avais plus autant envie qu’avant. Ce sera peut être temporaire, peut-être pas. Mais je suis finalement en paix avec cette idée et je me dis que je dois absolument continuer à faire uniquement ce dont j’ai vraiment envie. Si on n’applique pas ce principe dans le graffiti, où peut-on le faire ?

#12 throwup-thérapie

Par un bête effet de vase communiquant, le moment où j’ai stoppé de peindre des frets correspond à celui où je me suis mis à faire des throwups dans la rue. J’ai toujours considéré la pratique du throwup comme étant l’essence stylistique du graffiti, à l’instar des tags, sans en avoir réellement fait à la chaîne. J’ai corrigé le tir, et j’en viens à penser que les malades que l’on soigne à coup d’art-thérapie devrait passer à la throwup-thérapie, ça marcherait du tonnerre.

Plus de photos d’Obisk ici.