J’ai commencé à m’intéresser au Graffiti en 2004. Je faisais des esquisses en cours et dans ma chambre mais ça n’allait pas plus loin. Ma première pièce en terrain date de cette période. J’avais quatorze ans, c’était un dimanche après-midi dans le parking de la rue Kerfautras à Brest. La tentative s’est soldée par la tarte d’un graffeur qui passait au même moment, parce que j’avais calé ma petite peinture en plein milieu de son bloc de trois mètres de haut.

C’est donc face à l’adversité et à l’aide d’un régime ultra protéiné à base de poisson séché, que je suis devenu Horus. Solide comme un monolithe poli par le vent et les eaux. Avec un galbe, un style et une élégance qui font pâlir l’intégralité de la scène bretonne.

#1 Premier mur à Brest

J’ai commencé à m’investir dans le Graffiti assez tard. J’étais encore sur Brest à l’époque. Je faisais de temps en temps des soirées avec les Dead Zone Boys. Ça discutait pas mal de l’univers du graffiti, des codes, des supports, des styles, des anecdotes sur les anciens de la ville, etc. J’ai appris toutes les bases durant cette période.

J’avais déjà maté Writers, Style Wars. Mais j’étais encore un profane. C’est en les observant que j’ai eu envie de m’y mettre. Tout ce micro-univers inaccessible qu’ils entretenaient entre eux m’intriguait et ça m’a aspiré. Voyant l’engouement, Yerck et Neck m’ont mis le pied à l’étrier. C’est avec eux que j’ai fait mes premiers trains, mes premiers murs le long de la voie express.

#2 Culture fret à Rennes

A Brest, on n’a pas la culture du fret, parce qu’il n’y a pas de fret. Quand je suis arrivé sur Rennes, j’ai même pas eu le réflexe d’y aller par moi-même. C’est Solek et Otis qui m’ont emmené la première fois. Ce qui m’a marqué, c’est la facilité pour entrer dans le dépôt et le calme qui y régnait. Je m’y sentais presque en sécurité. Pourtant on était au beau milieu des voies, en face d’une tour de contrôle. Ils voulaient absolument peindre la colonne parce qu’elle repartait dans le Sud ensuite.

Depuis, j’y ai pris goût et c’est un de mes supports préférés. J’adore y aller seul, m’imprégner de l’atmosphère et charbonner une belle pièce.

#3 Time For Some Action

Je ne peins quasiment que de jour, peu importe le support ou l’emplacement. Ça m’apporte l’adrénaline et la spontanéité nécessaires à faire une pièce différente à chaque fois. J’aime bien le coté mission suicide en plein jour, sur un support exposé où il y a du passage. Ici, on n’est pas à Paris ni à Marseille, donc ça passe ou ça casse.

Mais si le créneau est bien géré, ça passe. L’instinctivité du trait est décuplée quand t’as pas le temps et que ton cerveau se transforme en cocotte-minute. Ça m’a aussi appris à agir avec détachement pour gérer au mieux le stress, ça me sert dans la vie de tous les jours.

Bon, en vrai je peins rarement la nuit parce que la plupart du temps j’ai la flemme ou je suis bourré.

#4 Supernova

SUPERNOVA est un crew composé de Scotsh, Janek, Akost, Lazer et moi. Quand j’étais sur Brest je voulais intégrer des crews déjà formés. C’était compliqué, j’avais pas fait mes preuves et la mentalité ne me plaisait pas. J’ai créé SUPERNOVA pour pallier à ce que je n’avais pas trouvé. J’étais le seul membre pendant un bout de temps, c’était plus simple comme ça.

A force de faire des soirées et de peindre avec les gars on a développé une bonne cohésion au niveau du style et de la manière de penser le Graffiti. C’était l’occase de concrétiser une direction commune. Je savais pas trop ce que ça allait donner, mais c’est pas devenu un crew pour charbonner. Les différents membres sont déjà affiliés à d’autres équipes qui charbonnent bien comme les 2KC, les GRK.

Du coup, SUPERNOVA, c’est plus une entité qui nous rassemble, un spectre lumineux qui plane au-dessus de nous et qui nous maintient sur le chemin de la vérité.

#5 Peindre en binôme

Quand je ne peins pas seul, je suis avec mon binôme de choc, Lazer. On recherche des nouveaux spots, des endroits cools, on observe l’évolution de la ville, en divaguant entre propos incohérents et vérités absolues. Le plus souvent, on passe plus de temps à zoner en voiture qu’à peindre. Dans ces moments-là, on sait que la main de dieu nous guide. Mais des fois on ne trouve rien d’intéressant, Lazer me rappelle systématiquement que : « chaque balle sort du silencieux par la volonté de dieu ».

#6 Attaque de singes en Thaïlande

Cette photo a été prise en Thaïlande, à Lopburi, par un Français qui été croupier dans les casinos et qui voulait m’accompagner prendre des photos. En quelques minutes on avait rameuté une dizaine de Thaïlandais. Ils lui ont expliqué que les singes leur cassaient les couilles toutes les nuits à taper sur la taule de leurs maisons et qu’il fallait qu’on trouve une solution.

Pendant ce temps, je tartinais le mur du hangar à singes avec des sprays à quatre-vint dix centimes d’euros, un bâton à la main pour repousser les super monkeys qui m’attaquaient. C’est un super souvenir.

#7 On n’a rien inventé

Au début, je voulais créer mon propre style sans aucune influence extérieure. C’est impossible.

Et comme me l’a dit Dondi : « ouvre Spraycan Art, Subway Art… tout est dedans ! ».

J’ai été pas mal inspiré par les PAL, qui proposaient des choses assez incroyables en terme d’évolution du graffiti. Horfée, Sonick et Saeyo sont mes références. J’ai aussi une attirance pour la nouvelle direction que prennent les MODERNE JAZZ. Ils ramènent les codes de la peinture dans le graffiti et ça fonctionne bien. Sinon Eliote et Hams m’ont mis des bonnes claques récemment. Je kiffe aussi Zoow, Shem, Barto, Bloke, Ofusk, les persos de Craze, les FD, les duos Kosmo & Flash, Skom & Shire.

Avoir un style personnel et reconnaissable est très important pour moi. J’ai des potes qui favorisent l’action, peu importe ce qu’ils lâchent, ce qui compte c’est l’adrénaline et faire quelque chose de difficile ou de prisé. Je pense aux immenses perches de Dog sur le périph de Nantes. J’admire leurs actions, mais moi je suis pas une tête brûlée, alors je me rattrape autrement. Si je fais encore du Graffiti aujourd’hui, c’est surtout pour le plaisir de la peinture, l’assemblage des couleurs, faire évoluer des lettres, des compositions, être toujours en recherche. S’il n’y avait que l’arrache, j’aurais arrêté depuis longtemps.

#8 Mental Hurlant

Les toiles, c’est un développement plus personnel. J’y déverse mes démons sous des sens cachés, des symboles, en espérant qu’ils croupissent chez la personne à qui je vais l’offrir. C’est les toiles de Tespi ARS qui m’ont donné envie de faire des compositions avec une scène et une punchline. C’est hyper efficace. Sur cette toile intitulée Mental Hurlant, j’ai fait un jeu de mots habile avec une référence à Métal Hurlant. Il s’agit d’un homme, symbolisé par le tigre, qui se fait piétiner le cerveau par des squelettes, accompagnés d’un serpent à trois têtes. Les petites bulles avec des femmes nues représentent des pensées obsessionnelles qui jaillissent. C’était l’état d’esprit dans lequel j’étais quand je l’ai faite.

Maintenant qu’il y a du soleil je vais mieux. Pour faire évoluer mes compositions, je puise mes idées un peu partout. Ça va des peintres comme Dali ou Mondrian, aux illustrateurs comme Jack Kirby ou Baptiste Virot, en passant par les Sak Yant thaïlandais et les scènes de divinités Hindoues, et par la série de livres Russian Criminal Tattoo. C’est le Graffiti qui m’a ouvert à tout ça, pas des cours aux Beaux-Arts. Plus récemment, je suis tombé sur le travail de Varda Schneider. Ça m’a donné envie de tester un style de peinture plus contemporain. J’ai fait des toiles un peu plus abstraites à base d’aplats de couleurs vives, mais là on est plus dans le Graffiti.

#9 Peinture sur rideau de fer

J’aime bien les stores parce qu’il y a une contrainte générée par leur format. Si tu veux faire un truc propre, t’es obligé de t’adapter à la forme et à la surface. Ça me pousse à trouver des nouvelles idées, surtout pour les petits formats. Pendant que je peins ce type de support, je me demande toujours ce que va penser le commerçant quand il va se le prendre à l’ouverture de son magasin.

J’ai tapé le store d’un bijoutier et j’ai poussé le vice jusqu’à aller voir le type le lendemain à l’ouverture. Je suis entré avec des lunettes de vue et une mallette d’étudiant, l’air de rien, et je lui demandé qui avait fait cette splendide peinture sur son store.

J’ai été assez mal reçu, il a vrillé parce qu’il n’avait rien demandé à personne et que c’était « pas la première fois qu’on lui bousillait sa devanture ». Il m’a précisé qu’il n’allait pas l’effacer parce que d’autres feraient « encore des saloperies de toute façon ».

Ainsi soit-il.

#10 Les Rues De Ma Vie

Les gens parlent d’amour moi j’te parle de c’que j’connais. Les rues de ma vie, c’est c’que j’connais.

– Booba

Je sais pas si c’est le Graffiti qui m’a scotché à la ville ou le contraire mais je ressens le besoin de traîner à pieds, en vélo, en footing, en voiture, bourré ou à jeun, tout seul ou en équipe. La ville me paraît toute petite maintenant. Internet regorge de tout ce qu’on veut mais il y a tellement à voir dans son environnement. Je suis très attentif à ce qui se passe dans les rues, et on a la chance d’avoir une scène locale inépuisable.

Il y a des types qui défoncent tout et qui ne sont pas forcément médiatisés comme Chleu, Caca, Noke, Zip35 pour n’en citer que quelques uns. Il y a les BVX qui font des constructions illégales en dur dans des friches. Des artistes comme Ali, ou War qui ont un esprit vandale mais qui proposent des codes différents. Bref, il y a de quoi faire. Je suis aussi attaché à Brest, il y a une authenticité et une vraie histoire autour de son graffiti.

#11 La Trocante

Dans toutes les villes, il y a des bâtiments mythiques désaffectés où les graffeurs convergent. La Trocante en a fait partie pendant un petit moment sur Rennes, avant d’être détruite.

Après avoir rempli l’intérieur avec Scotsh, Xtnd et 0,99€, on s’est attaqué à la devanture avec Lazer. C’est le genre de plan qui peut passer en plein jour si tu mets un peu de figuratif. On a dû mettre deux heures à faire ça un samedi en plein après-midi et on a croisé aucune patrouille. On était contents.

Ce genre de bâtiment a une âme, une histoire, et je prend plaisir à peindre dessus. Malheureusement, depuis quelques années la politique, c’est plutôt de raser tout ça pour faire des immenses bâtiments vitrés. La tendance, c’est les espaces urbains hyper lisses, aseptisés et sécurisés. On n’est pas fait pour vivre là-dedans.

#12 Radical Feelings

Récemment, Alberto de Lastash Wear m’a proposé de faire un visu pour une série de t-shirts. Ça s’est fait rapidement et simplement, j’étais content de faire ça avec lui.
Si on me le propose de nouveau, je dis oui direct. J’aime bien bosser sur des trucs quand on me fait confiance et qu’on me donne carte blanche.

Plus de photos de Horus ici.